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Numérisation des établissements et services médico-sociaux : un chantier qui s’annonce complexe
Selon l’Anap, de 3 à 5 % seulement des établissements médico-sociaux en France disposeraient d’une cellule informatique. Comment, dans ces conditions, les ESMS peuvent-ils réussir leur virage numérique ?
À l’instar du sanitaire, le médico-social ne doit pas hésiter à prendre le virage du numérique. Pour certains ESMS, ce virage est facteur d’évolutions, pour d’autres, il peut constituer une révolution culturelle, voire générer une méfiance.
Sans le support d’une cellule informatique, des ESMS risquent de se confronter à des difficultés majeures a posteriori : étude de besoins incomplète, mésusage des outils, interopérabilité et déploiement inopérants…
La réussite du virage numérique ne peut faire l’impasse d’une conduite de projet, avec des pilotes experts. Il ne faut pas non plus hésiter à s’appuyer sur des conseils et des retours d’expérience. Pour mon premier SIH Hôpital numérique, l’expertise du réseau Anap a été précieuse, tout comme la qualité du dialogue constructif avec le chargé de mission des systèmes d’information de l’Agence régionale de santé (délégation de Meurthe-et-Moselle). Et c’est sans compter sur l’expertise, incontournable, de la cellule informatique associative. Conseils et expertise sont un duo gagnant.
Le succès passe donc par un accompagnement, la préparation à une culture raisonnée et éclairée, une culture SI dans sa globalité et un projet mature, sans oublier l’importance des enjeux financiers.
Les ESMS sont-ils prêts à entrer dans la numérisation de ces parcours ?
Tout dépend de la taille et des moyens de l’ESMS conjugués à la volonté associative de prendre le virage de l’e-santé. Il y a une vraie culture à acquérir. De plus, des gouvernances doivent faire face à des freins financiers : les autorités de tarification et de contrôle (Conseil départemental, ARS) ne nous donnent pas forcément de moyens pour y parvenir, et des inégalités budgétaires par territoire existent.
C’est moins difficile pour de grandes associations dotées de moyens humains et financiers que pour de petites associations à taille humaine.
Mutualisation, coopération et défis sont de mise pour chercher de nouvelles ressources et formes de financement.
Pourquoi le secteur médico-social ne passe-t-il que maintenant à la numérisation des parcours ? N’y avait-il pas de volonté politique ou de demande des établissements ?
La demande des établissements existe. Des ESMS se mettent en ordre de marche, mais ils sont moins dotés financièrement que dans le secteur sanitaire. L’incitation économique existe peu ou prou, à la différence du sanitaire où des prérequis conditionnent les subventions (Mon hôpital numérique, Hôpital numérique, Hop’en) ; les enveloppes incitatives y sont plus généreuses.
Avec la dotation modulée de l’activité et la réforme des financements Sérafin-PH (Services et établissements : réforme pour une adéquation des financements aux parcours des personnes handicapées), les ESMS devront plus que jamais prendre le virage du e-numérique pour se doter d’un réel pilotage médico-économique efficient et performant.
Si informatiser le médico-social n’était pas jusqu’à présent une priorité, avec l’évolution de l’offre du secteur et de l’environnement réglementaire dont le RGPD, le développement du virage de l’ambulatoire et des coopérations, l’émergence de nouveaux besoins…, les processus métiers s’imposent. Numériser son système d’information ou plutôt le doter d’un schéma directeur est un outil au cœur de la stratégie d’une association.
La crise sanitaire du Covid-19 a mis en avant le télétravail, la téléconsultation, le télésoin comme alternatives opérationnelles au confinement pour la continuité de l’activité et de service dans et hors les murs des ESMS. Il faut se saisir de cette opportunité pour s’inscrire dans le numérique.
Et nous espérons que la future stratégie nationale, portée par la Délégation ministérielle du numérique en santé et le « Tour de France de l’e-santé », apportera une bouffée d’oxygène financière au secteur pour prendre ce virage.
À suivre : nous reparlerons du virage numérique des ESMS dans le numéro 31 de DSIH.
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